Les bancs des bastions

A la rencontre des bancs de l’université des Bastions.

Rencontre avec Benoît

Benoît, étudiant en 2ème année de médecine, vient tous les jours étudier à la bibliothèque de l’UNI des Bastions et fait sa pause méridienne dans le parc.

Aujourd’hui, il n’est pas sur son banc « originel » (situé au centre face bibliothèque), celui sur lequel il s’est posé lors de ses premiers rendez-vous avec son amoureuse. Il a décidé de se mettre au soleil.

Il est seul. Pourtant, il lui arrive souvent de s’asseoir avec son groupe d’amis et de partager un « gâteau tyrolien » grand format acheté alternativement par l’un·e des membres du groupe.

Aujourd’hui, il a opté pour le petit format (cf image échantillon du gâteau) car il savait qu’il allait manger seul son sandwich poulet curry. Malheureusement, la photo prise lors de l’investigation révélant une surexposition ne nous autorise pas à identifier l’origine et le prix du sandwich.

Un détail nous permet tout de même de déceler un indice à ce sujet : le tyrolien montre un logo « Coop » avec un intitulé « Betty Bossy ».

À l’évocation du partage de ce gâteau tyrolien, l’expérience nous révèle que, pour cet individu, le banc public est synonyme de partage et de convivialité. Cela sera réaffirmé par la suite lorsqu’il nous parlera des bringues qu’il a pu faire sur ces bancs lors des fêtes de l’Escalade.

Malgré la présence du tag « folie » au-dessus de sa tête, nous n’avons pas eu la présence d’esprit d’investiguer la question du rapport entre le sujet et cette thématique.

Noé, étudiant au ballet junior de Genève, s’est assis sur ce banc aujourd’hui à sa pause pour y lire Shining – l’enfant lumière de Stephen King, trouvé à la brocante il y a quelques jours, entre répétitions et performances de danse.

Ces jours-ci, il joue plusieurs fois de suite, d’où un état de fatigue constaté.

Il n’est lui aussi pas sur son banc originel, situé plus près du mur des Réformateurs. À son évocation, nous constatons d’abord une forte émotion. Puis, en essayant de retenir quelques larmes, le sujet humain nous parle d’une relation amoureuse qui l’a fait souffrir et dont il nous dit être sorti aujourd’hui.

Là, nous nous retrouvons dans l’obligation de faire une pause empathique. Sa retranscription dans l’étude fait débat entre nous.

Flore dit :
« Xavier, retranscrire tout cela avec ce vocabulaire scientifique, n’est-il pas un reflet de ce monde complètement insensible et capitaliste du pouvoir-sur, comme évoqué par Starhawk dans Rêver l’obscur ? Quelle place donnons-nous à notre sensibilité propre dans cette étude ? Les larmes me montent aux yeux. »

« Moi, je préférerais ne pas évoquer le contenu de cette pause empathique, répond Xavier. Cela relève de la sphère privée. Nous avons été débordés par nos propres émotions qui ne doivent pas impacter l’objet de notre recherche qui est, je vous le rappelle : “le lien entre les bancs des Bastions et leurs sujets humains”. »

« Mais que faisons-nous des considérations de la physique quantique qui disent que l’activité du sujet est influencée par le regard de son observateur ? » réplique Flore.

Nous allons clore ce débat, mais celui-ci risque de réapparaître dans nos prochaines études de cas.

Rencontre avec Noé

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